L’Être en Perpétuel Devenir, Partie 6 : Amour & Relations (2/2) Friction, Fun et Approfondissement du Lien
« L'amour ôte les masques sans lesquels nous craignons de ne pas
pouvoir vivre et derrière lesquels nous savons que nous sommes
incapables de le faire. »
James Baldwin, Region in My Mind (1962)
La première partie de ce texte portait sur la solitude, l’intimité émotionnelle et la vulnérabilité. Ici, nous allons nous aventurer du côté de la friction et du rôle qu’elle joue pour permettre à deux êtres de mieux se connaître, mais aussi de trouver cette juste « distance » à partir de laquelle un lien plus profond et plus solide devient possible. Il est aussi temps d’inviter davantage de légèreté, de plaisir et de “fun” ; des dimensions si souvent négligées malgré leur importance fondamentale dans ce qui rend la vie belle, mais aussi dans ce qui nourrit nos relations.
J’appuierai ces réflexions à travers des exemples et des pratiques concrètes, afin de montrer que le véritable compagnonnage, quel que soit le type de relation, se construit avec le temps entre deux êtres qui ont suffisamment de confiance et d’amour pour être pleinement eux-mêmes tout en accueillant l’autre tel qu’il est. Deux êtres engagés à nourrir leur relation à eux-mêmes autant que leur lien à l’autre, de manière à ce que cet amour puisse naturellement se répercuter autour d’eux et nourrir quelque chose qui va au-delà de leur relation.
Friction : mûrir en tant qu’individus, grandir ensemble et renforcer le lien
Selon Esther Perel, psychothérapeute connue pour son travail autour des relations : «L’amour est une rencontre avec l’autre, avec l’altérité, avec l’incertitude, avec la friction. »
Nous nous impactons mutuellement. Nous réveillons les uns chez les autres ce qui n’a pas encore été pleinement vu, ressenti ou reconnu. Et parfois, cela fait émerger de la frustration, de la peine, de la peur, de la colère et d’autres émotions que nous avons tendance à qualifier de « négatives ». Observer, reconnaître, accueillir et exprimer honnêtement ces émotions difficiles avec amour n’a rien d’évident. Cela pousse la vulnérabilité encore plus loin. Cela demande de l’acceptation de soi, mais aussi un engagement ; un engagement envers l’art d’aimer.
J’ai vu, vécu et observé jusqu’où beaucoup d’entre nous sont prêts à aller pour éviter la friction, souvent par peur de blesser l’autre, d’être rejetés, jugés, abandonnés ou incompris. Ou simplement parce que cela nous met dans l’inconfort. Pourtant, éviter cette friction lorsqu’elle est nécessaire ne nous sert pas ; cela nourrit nos masques et creuse la distance dans les relations qui comptent réellement pour nous.
« Pour aimer l’autre, nous devons nous aimer nous-mêmes ; nous devons guérir cette division intérieure, celle qui cherche à séparer en nous ce que nous qualifions de négatif de ce que nous qualifions de positif. C’est le chemin vers l’unification.»
Je ne parle pas ici de confrontation pour la confrontation en elle-même. Ce que je veux dire, c’est qu’au lieu de s’accrocher au masque de la « bonne personne » ou de vouloir « ne pas se prendre la tête » à tout prix, exprimer honnêtement à l’autre ce que nous vivons intérieurement, même lorsque c’est difficile, comporte de nombreux bienfaits. Cela nous rapproche de nous-mêmes, mais aussi de l’autre. Cela permet également à l’autre de prendre conscience de l’impact qu’il a sur nous. Une partie de la dynamique peut évidemment venir de notre propre histoire et de nos blessures activées, mais si la personne en face suscite régulièrement des réactions similaires chez d’autres, cela peut lui offrir une clarté précieuse sur certains schémas, blessures ou modes relationnels qui entravent une vie plus riche et plus épanouie. Nous lui offrons alors l’opportunité de réfléchir, de grandir et de transformer quelque chose en elle, pour son propre bien.
Pour que deux personnes puissent se confronter tout en restant authentiques, il faut de la confiance, de la patience, du courage et, d’une certaine manière, de la générosité. Lorsque je parle de confrontation, je ne parle pas de se disputer ou d’argumenter dans le but d’avoir raison. Parfois, cela peut ressembler à : « Je ne veux pas te blesser, mais je suis en colère contre toi », ou même à : « … une part de moi t’en veut profondément et nourrit des sentiments cruels envers toi lorsque cela se produit. » Lorsqu’elle est abordée avec honnêteté et amour, et que chacun accepte sa part de responsabilité dans la dynamique, ce type de révélation renforce profondément les liens et permet aux deux personnes de mûrir.
Et plus nous mûrissons, plus nous devenons capables de traverser la confrontation lorsqu’elle est nécessaire. Nous développons ainsi une plus grande capacité à tolérer l’inconfort, la frustration et parfois même la douleur qu’elle peut faire émerger. Cela s’apparente à un muscle : moins nous l’exerçons, moins nous sommes capables de le soutenir, et plus nous nous isolons.
Si l’on applique cela aux relations amoureuses durables, le dévoilement mutuel est une manière magnifique de nourrir l’Éros. Et j’insiste sur le mot « mutuel ». Il apporte une qualité vivante et excitante, une manière d’insuffler de l’aventure dans la relation. Il permet d’animer continuellement l’Éros. Quand je parle d’Éros, je parle de cet élan poétique, de ce mouvement spontané vers l’autre. Comme l’exprime brillamment John Pierrakos : « Le niveau physique [de l’Éros] représente l’aspiration de deux êtres à se découvrir et à se révéler l’un à l’autre. À travers cette découverte physique, ils peuvent se dévoiler et rencontrer la vérité de l’autre. »
Et en choisissant volontairement de nous orienter vers l’amour et l’intimité émotionnelle, nous permettons aux forces de l’Éros de prendre spontanément le relais.
Un autre bienfait de la confrontation est qu’elle nous aide à trouver la bonne « distance ». Pensez aux danses de couple, comme la salsa ou le tango : chaque partenaire doit rester connecté à son propre centre de gravité afin d’être plus finement accordé à la musique, à lui-même et, par conséquent, à l’autre. Cela permet au couple de trouver naturellement cette juste distance à partir de laquelle peut émerger un mouvement spontané, harmonieux et fluide.
La bonne « distance » et la dynamique du « push/pull »
Trouver la bonne « distance » n’est pas chose simple. Cela ne l’a certainement pas été pour moi. Pendant longtemps, j’ai vécu prise entre deux peurs profondes : la peur d’être envahie et la peur d’être seule. Ces peurs s’exprimaient à travers des mouvements opposés. D’un côté, un besoin de sécurité, de distance et de solitude qui me poussait à me renfermer ; de l’autre, un besoin de protection et de proximité qui me conduisait à m’abandonner moi-même. Cela créait des dynamiques de « push and pull », souvent troublantes et déstabilisantes, autant pour moi que pour les autres. Cette dynamique s’est rejouée dans plusieurs de mes relations passées.
Ayant vécu des expériences douloureuses par le passé, quelque chose en moi s’était accroché à la conviction suivante : « Je ne ressentirai plus jamais cela. Cette fois, je vais me protéger. Je n’aurai plus besoin de personne. » Cela créait chez moi un mouvement clair de rejet, le “push”, qui éveillait quelque chose chez l’autre. Celui-ci le percevait alors comme un défi à relever, cherchant des moyens de se rapprocher, de me séduire, de me rassurer suffisamment pour que je puisse faire confiance. Puis, à un moment donné, je lâchais prise, je me laissais emporter. Je me laissais tomber, littéralement. N’ayant pas encore construit suffisamment de solidité intérieure, je perdais mon ancrage et faisais tout pour garder cette personne dans ma vie, laissant émerger une forme de dépendance affective. C’est le mouvement de rapprochement, le “pull”, un mouvement qui peut devenir étouffant pour l’autre, le poussant à prendre de la distance ou à se nourrir de cette dépendance, ce qui réactive à son tour mon propre mouvement de retrait, le “push”, nourrissant ainsi le cercle vicieux.
Dans le « push » comme dans le « pull », personne n’est véritablement lui-même. C’est une dynamique déséquilibrée dans laquelle nos besoins infantiles et nos ego prennent le dessus et finissent par s’imposer à l’autre. Ce n’est pas une véritable rencontre. Avec le temps, à mesure que chacun échoue à combler un besoin qui ne lui appartenait pas de combler dès le départ, la relation finit, inévitablement, par s’effondrer. Cœurs brisés.
Dans mon cas, ces dynamiques n’ont pas seulement affecté mes relations aux autres ; elles ont aussi entravé ma relation à moi-même, la manière dont je me valorisais, ainsi que mon autonomie.
Deux forces principales se cachent sous le mouvement de « push » : le désespoir et la peur. Le désespoir peut naître d’expériences précoces où l’on ne s’est pas senti vu, protégé, compris ou véritablement rencontré. Avec le temps, une croyance profonde s’installe : personne ne sera là pour nous. Cela rend extrêmement difficile, voire impossible, le fait d’aller vers l’autre ou encore de demander de l’aide. Cette armure du « je n’aurai besoin de personne » cache souvent une immense fatigue, voire une forme d’effondrement intérieur.
À cela s’ajoute la peur : peur du rejet, d’être blessé, envahi, trahi, d’être « trop » ou « pas assez », entre autres. Et malheureusement, lorsque nous sommes guidés par des peurs inconscientes, nous avons souvent tendance à nous présenter au monde d’une manière qui finit par provoquer précisément ce contre quoi nous cherchons tant à nous protéger.
Ce qui nourrit le mouvement de « pull », quant à lui, est une forme de besoin inconscient inassouvi ou de dépendance affective qui émane d’un manque de sécurité intérieure ; le sentiment de ne pas être « capable » d’avancer dans la vie comme un adulte autonome, ou de ne pas être « assez » pour être aimé tel que l’on est réellement.
« Ayez suffisamment de courage pour faire confiance à l’amour une fois de plus, et toujours une fois de plus. »
Les choses ont commencé à changer pour moi lorsque j’ai appris à soutenir la confrontation, lorsque j’ai identifié mes propres valeurs et mes limites, et développé assez de force intérieure pour rouvrir mon cœur tout en nommant clairement mes besoins et mon rythme. Lorsque je suis devenue suffisamment solide et ancrée pour me valoriser, me respecter, rester fidèle à moi-même TOUT EN restant en lien avec l’autre, sans me perdre ni me refermer. C’est cela que j’appelle la bonne « distance ».
Une belle illustration de cela est une conversation que j’ai eue avec quelqu’un qui compte beaucoup pour moi : un amour passé. Nous nous sommes retrouvés après un long moment sans nous voir. Lors de nos retrouvailles, la tension était palpable. Nous étions tous les deux heureux et excités d’être ensemble, et pourtant, un certain malaise était également présent. Nous ne savions plus vraiment comment nous positionner l’un envers l’autre, ni comment naviguer cette relation, cet échange, ce moment partagé, maintenant que nos vies étaient devenues si différentes de celles que nous avions connues auparavant. C’était inconfortable, mais aucun de nous n’avait le courage de nommer ce que nous ressentions véritablement à cet instant précis. Était-ce de l’amitié, de l’amour, de l’attirance ? Tout cela à la fois ?
Le lendemain, alors que nous parlions d’une situation extérieure à notre relation, j’ai senti qu’elle faisait écho à ce qui se jouait entre nous. J’ai perçu une certaine tension et lui ai demandé ce qu’il ressentait envers moi. Il s’est ouvert, disant qu’il avait du mal à trouver sa place avec moi, que tout ce qu’il souhaitait était de partager du « quality time » ensemble, mais qu’il ne savait pas comment s’approcher de moi sans avoir l’impression d’envahir mon espace ou de dépasser mes limites. Le simple fait de l’entendre mettre des mots sur ce qu’il vivait m’a immédiatement détendue. Je me suis alors ouverte à mon tour sur mes peurs, mes limites, le rythme dont j’avais besoin, et sur le fait que moi aussi, j’aspirais profondément à ces moments partagés. La vérité, c’est que j’avais eu trop peur de nommer ce qui faisait obstacle parce que je ne faisais pas suffisamment confiance et que j’avais peur de le blesser ou de perdre la relation. Nous nous sommes écoutés. Nous nous sommes sentis véritablement reçus. Le fait qu’il ait nommé sa confusion ainsi que son désir de se rapprocher, et que j’aie nommé mes peurs, mes besoins et mes limites, a renforcé la confiance, à la fois entre nous et en chacun de nous. Nous avons pu respecter l’expérience intérieure de l’autre tout en restant connectés. Nous avons pu créer un espace de partage sécurisant et aimant.
Aimer et être aimé est d’une grande beauté. Aimer et être aimé (« to love and be loved well ») de cette manière-là est un acte créatif, un art qui demande le courage de se confronter à soi-même et à l’autre. Cela dépasse nos attentes parfois rigides, appelle notre curiosité et concerne toutes les formes de relations. Cela apaise, comme la chaleur du soleil sur la peau un jour de printemps. Cela nourrit.
L’intimité et l’amour se développent grâce à la vulnérabilité et à la friction telle que mentionnée plus haut, mais il est tout aussi important de se rappeler qu’ils s’épanouissent également dans la légèreté, le plaisir et le « fun ».
Et le “Fun" dans tout ça ?
« Au-delà des idées de mal et de bien, il y a un champ. Je vous y retrouverai. »
Baruch Spinoza, dans L’Éthique (1677), remet en question les notions rigides du bien et du mal. Ma compréhension de sa philosophie est qu’au-delà de ces catégories se trouve une éthique ancrée dans la connaissance et dans la vie elle-même. Ce que je comprends comme étant « bon », c’est ce qui élargit notre capacité à vivre, à ressentir, à raisonner, et à agir demanière adéquate, avec davantage de liberté et de joie authentique. Une sorte d’« auto-étique ».
Transposé à la relation, ce qui est « bon » est ce qui nourrit les deux êtres ainsi que leur amour. Nous avons déjà parlé des quatre piliers de l’amour, mais le partage du « fun », du plaisir et de la joie peut lui aussi être une manière profondément puissante de cultiver le lien.
Malheureusement, le « fun », le plaisir et la joie qui en découle semblent souvent être écartés de nombreuses conversations et pratiques autour de la santé mentale et du « bien-être ». Il est peut-être temps de leur redonner la place qu’ils méritent.
Dans toute relation, les moments de joie partagés nourrissent et approfondissent nos liens ; trouver quelque chose que nous aimons tous les deux et le vivre pleinement ensemble, que ce soit danser, chanter, cuisiner, partir en randonnée, aller au cinéma, jardiner ou simplement s’asseoir, discuter et rire de bon cœur.
J’ai grandi dans une famille où le « Jaou » et le « Kif » ont toujours occupé une place centrale. « Jaou » est un mot tunisien qui renvoie au fun et à la joie, tandis que « Kif » évoque le plaisir et la délectation. Je me souviens de ma grand-mère savourant une cigarette avec ses amies proches, une fois de temps en temps, au nom du « Kif ». Je me souviens du « Jaou » des réunions familiales durant les journées d’été, entre baignades et barbecues, qui se terminaient avec des cousins jouant toutes sortes d’instruments et trois générations de femmes se laissant porter par le rythme de la musique et de la danse du ventre.
Je me souviens de ma douce mère préparant de délicieux plats (elle le fait toujours) en vue des nombreuses soirées que mes parents organisaient ; de dizaines d’invités qui chantaient, dansaient et riaient jusqu’au lever du jour. Je me souviens de mon père racontant des blagues (il le fait toujours) à table jusqu’à ce que nous tombions de nos chaises de rire, pliés en deux. Tous ces souvenirs précieux ont renforcé ma foi en la vie et rempli mon cœur d’une forme de soleil intérieur qui m’a aidée à traverser bien des tempêtes.
Alors allez-y, remplissez votre cœur de « Jaou » et de « Kif ». Organisez cette fête, allez à cette soirée karaoké, cuisinez un bon dîner avec vos amis, partez découvrir de nouveaux endroits avec ceux que vous aimez, réservez cette escapade romantique ou ce voyage entre filles. Suivez ce qui vous inspire et vous apporte de la joie. Oubliez votre téléphone et le monde extérieur, et donnez-vous l’opportunité de pleinement savourer ces véritables moments de rencontre, là où les sens s’éveillent et où tout votre être s’engage spontanément.
Prenez le temps de porter votre attention sur la manière dont votre corps réagit à ces beaux moments de fun et de légèreté, et laissez-les vous traverser pleinement, vous nourrir. Dans mon corps, cela se manifeste par une sensation d’apaisement dans le visage, un sourire qui se dessine spontanément, un regard vif, un cœur ouvert et une respiration ample. Je gagne en clarté et cesse de m’inquiéter des détails. Je suis pleinement là. Je ressens plus facilement ce qui se passe en moi. Une sensation globale de chaleur et de plénitude s’installe en moi. Je me sens vivante, pleine d’espoir, inspirée et créative. Tout semble possible.
Il est également important de mentionner que, contrairement à ce que l’on croit, il existe en nous une peur du plaisir authentique, qui peut se manifester ici et là. C’est d’ailleurs souvent pour cela que nous nous tournons vers des plaisirs plus éphémères et moins nourrissants. Alexander Lowen écrit que : « Notre capacité à éprouver du plaisir est la mesure de notre vitalité. » (Joy: The Surrender to The Body and To Life, 1995) . Certains d’entre nous associent le plaisir à la culpabilité ou ont le sentiment qu’ils doivent faire quelque chose pour le mériter. En conséquence, nous avons du mal à réellement demeurer dans le plaisir ou simplement à le recevoir, parce que nous avons l’impression de ne pas le mériter ou de devoir donner quelque chose en retour. Nous nous méfions de la possibilité de recevoir librement. Sous cela se cache souvent une croyance ancrée selon laquelle le plaisir serait mauvais ou transactionnel, ce qui le rend inconsciemment menaçant.
Une pratique du donner et du recevoir
Je vous invite à observer comment votre corps réagit lorsque vous vous autorisez à vous abandonner au plaisir. Et la prochaine fois que vous recevez ou vous vous laissez pleinement aller à un moment de plaisir, essayez de le faire ouvertement et librement, sans ressentir immédiatement le besoin de rendre quelque chose en retour. Et lorsque vous donnez véritablement, donnez avec le cœur, sans attente ni exigence.
À deux, cela peut se pratiquer en laissant à chacun, à tour de rôle, un moment où il peut simplement recevoir, après avoir nommé ce qu’il souhaite recevoir et comment, qu’il s’agisse d’un repas, d’un toucher, d’un geste d’attention ou simplement d’une présence attentive, sans avoir à réciproquer. N’hésitez pas à être précis, tout en restant respectueux des limites de l’autre. Observez alors ce qui émerge intérieurement chez chacun. Cela peut être très agréable ou, sinon, ouvrir un bel espace de partage, libérant peu à peu la relation de cette dynamique transactionnelle qui s’invite si souvent entre deux êtres. Cela ouvre les cœurs et purifie l’air entre eux.
Ainsi, invitez davantage de tendresse et de patience envers vous-mêmes et les uns envers les autres, trouvez vos intérêts communs et honorez votre rythme partagé. Posez la question : « Qu’aimerais-tu faire ensemble aujourd’hui, cette semaine, ce mois-ci ? » et ouvrez la conversation. Cette simple question peut réveiller quelque chose en chacun et donner un nouvel élan à la relation. À partir de là, laissez les choses évoluer naturellement
Rencontrer quelqu’un, c’est entrer en contact avec une réalité différente de la nôtre ; c’est créer de nouveaux mondes en nous, chez l’autre et entre les deux. Marcher aux côtés d’un autre être humain imparfait, et s’offrir mutuellement la possibilité de revenir « chez soi », de revenir au cœur, est peut-être l’une des choses les plus précieuses qui soient.
Un ami cher m’a dit un jour : « J’aime passer du temps avec toi parce que cela me rapproche de qui je suis réellement. » Je ne peux imaginer plus belle déclaration d’amour. Pour moi, c’est cela, le véritable compagnonnage.
Écrire sur l’amour et les relations a remué beaucoup de choses en moi. Ce qui m’a portée dans les moments de doute, c’est ma curiosité, ma tendresse envers la complexité de l’expérience humaine et ma foi inébranlable en l’amour. Mon souhait est que cela remue quelque chose en vous lorsque vous contemplez les différentes formes d’amour présentes dans votre vie ; que cela résonne, vous soutienne ou vous fasse simplement vous sentir un peu moins seul.
Nous sommes des êtres en devenir, vivants et en perpétuelle transformation. Chaque rencontre, chaque expérience actionne quelque chose en nous, nous enseigne, nous transforme et finit par faire partie de nous. Une fois incarnées et intégrées, elles peuvent nous permettre de cultiver et d’accéder à notre richesse intérieure afin qu’un jour, lorsque notre cœur nous y appelle, nous puissions la mettre au service de ce qui nous nourrit profondément, de quelque chose qui nous dépasse et participe à un amour plus vaste.
C’est ce que j’explorerai dans le prochain et dernier texte de cette série, où je me tournerai vers ce qui accompagne inévitablement l’amour : le deuil, la finitude et la beauté que l’on peut trouver dans la nature éphémère de la vie.
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